L’indonésie et ses volcans

Notre extension de visa en poche, nous pouvons reprendre nos pérégrinations. Java étant une île volcanique, la région de Yogya ne fait pas exception et les flancs du Merapi et du Merbabu attisent notre curiosité. Par temps clair le matin, on peut apercevoir le Merapi depuis les rues où nous avons établi nos quartiers pour cette semaine administrative. Mais celui-ci, toujours en activité n’est pas accessible, dû à un risque fort d’éruption. Tant pis, nous irons sur le Merbabu, qui bien que plus haut n’a pas la même splendeur que son voisin. Finalement, c’est plutôt une bonne chose, nous grimperons le plus difficile et profiterons de la vue panoramique sur le plus attrayant.

 

 

Mon aversion pour les séjours organisés ne diminuant pas, on envisage de le faire par nous même. Recherche un peu fastidieuse mais qui porte ses fruits. A moins d’un kilomètre de notre hôtel et à quelques encablures de la gare routière que nous exploitons quotidiennement pour nos transports dans la ville, on débusque un loueur : à nous tentes, duvets et tapis de sol. On est assurément pas sur de la première fraîcheur mais pour une ou deux nuits, cela devrait suffire. Et nous voilà parti, après moultes informations contradictoires vers la ville de Melagang, première étape de ce périple. Le trajet est cours, nous optons pour le bus local, sans clim, on s’en passera pour ce trajet mais avec une place pour les jambes toutes relatives. On est serré avec un mètre soixante dix, alors de mon côté… Un petit bouchon nous retarde et double quasiment le temps de trajet, mais qu’importe ce ne fût pas si éprouvant malgré la sueur qui perle dans nos cous alors que nous ne sommes franchement pas prêts de pouvoir se changer ou de se laver !

Négociation rapide avec des motards pour nous emmener à Wekas, une trentaine de kilomètres plus loin, point de départ du chemin que nous avons choisi. Après l’annonce d’un prix honnête (refuser et s’en aller après une première négociation, rien de plus efficace pour obtenir un prix honnête quand on ne maîtrise pas la langue), on monte chacun sur une moto. L’allure est rapide, la sécurité plutôt absente, les pneus de mon scooter presque pas gonflés… Rapidement, les premiers contreforts du volcans font baisser l’allure, pour notre plus grand plaisir. A 5 kilomètres du camp de base, devant un panneau indiquant l’entrée du parc, nos chauffeurs s’arrêtent pour nous déposer, arguant ne pas pouvoir monter plus haut. Leurs promesses initiales étant de nous monter là haut, je râle gentiment (question de point de vue) et obtient gain de cause. Avec mon chauffeur, nous faisons 500 bons mètres, la moto est poussive, et la pente redouble d’intensité. C’est perdu, on finira à pieds, 250 mètres de dénivelé nous attendent pour nous remettre en jambes. Arrêté là par le chauffeur, on attend la seconde moto sur laquelle se trouve Laura, en vain, elle ne vient pas. Des locaux arrivent (eux possèdent de bons moteurs, et certaines motos supportent une famille élargie sans souci). Pas besoin de notion de Javanais pour comprendre les rires, Laura et son chauffeur sont tankés dans la côte. Mon chauffeur redescend à leur niveau puis remonte avec Laura tant bien que mal. La journée est déjà bien avancée, on ne va pas trop devoir traîner pour atteindre le camp de base et y trouver notre refuge pour la nuit.

 

 

La route est une simple ligne droite construite face à la pente, sans aucun lacet pour aider le pauvre marcheur… ou plutôt pour le préparer à ce qui l’attend ! Sur les coups de 16h30, on atteint un village, bucolique à souhait avec ses maisons de bois et ses cultures environnantes. Malheureusement pour nous, le village est étendu et notre dénivelé loin d’être terminé. Une demie heure plus tard, nous tombons à l’entrée du parc, la personne de garde fonce trouver une personne parlant anglais. Pour inscrire nos noms, numéros de passeport et signer… on s’enregistre, payons l’entrée du parc et de multiples frais annexes inattendus, telle une assurance, mais le guichet est dépourvu de billets d’admission. En attendant que quelqu’un aille les chercher, on échange sur les possibilités d’hébergement, la maison attenante à la guérite propose bien sûr de nous héberger. Au sein d’une salle commune au sol en ciment avec comme seul confort, une moquette dégueulasse et bien élimée pour s’asseoir et poser nos tapis de sol. En attendant de récupérer nos billets, je furète dans le village qui regorge d’autres établissements, tous construits sur le même modèle. Il est bien difficile de choisir un ciment plutôt qu’un autre, alors autant opter pour la facilité et poser nos sacs là où nous sommes déjà installés. La salle fait aussi petit commerce et l’on voit de notre position assise, sirotant un cappuccino instantané, le balai des habitants venant acheter café, nouilles et gâteaux, le tout comme toujours en portion individuelle.

 

 

Deux jeunes indonésiens nous rejoignent sur la moquette, boivent un café ou deux en écoutant de la musique digne d’Hit West (LA radio locale de nos vacances à Saint-Gilles), se rhabillent et s’en vont pour « monter le sommet » alors qu’il fait déjà nuit. Pour nous c’est l’incompréhension, à un rythme normal, ils arriveront sur les coups d’une heure du matin, l’attente sera bien longue avant les premières lueurs. Nous les retrouverons le lendemain matin à un camp de base plus avancé, la tente toujours en place à 9 heures… cela valait bien le coup de se farcir une marche de nuit pour lézarder au soleil le lendemain.

Un groupe de 6 jeunes filles prennent la place des jeunes hommes sur cette si jolie moquette verte. L’hébergement est gratuit si nous mangeons sur place. La perspective d’un ultime repas chaud est plus qu’attrayante et nous ne nous faisons pas prier pour commander ce repas, à un prix ici encore ridicule. Curry de tofu, œufs frits, purée de piment et marmite entière de riz sont au programme, l’ogre népalais habitant mon ventre reprenant volontiers du service. Il n’est pas vingt heures, mais nous sommes déjà dans nos duvets, essayant de trouver le sommeil. Pas aidé par une lampe type « interrogatoire de police » qui nous accompagnera tout la nuit. Autant dire que le repos sera bien rare !

 

 

Le lendemain, après un rapide petit déjeuner, on entame l’ascension. Il fait encore frais, et l’objectif des 1300 mètres de dénivelé ne nous faisant pas peur, on avance à bon rythme dans ces sous-bois. On n’a pas vraiment de carte, mais le sentier est simple. Il suffit de monter face à la pente, toujours prendre le sentier le plus direct et tout ira bien. Avec la chaleur de la matinée qui pointe son nez, cela commence à être difficile et nous atteignons le camp de base numéro 2 sur les coups de neuf heures. On y croise un groupe d’expatriés français, cela sera les seuls touristes non indonésiens de ce périple. Dix-neuf hommes, sans leurs femmes, la testostérone est plus que présente et plane au dessus du camp de base. Mais l’indigence de nos tenues ou une solidarité gauloise poussent certains du groupe à nous offrir les restes de leurs provisions fournies par leur agence (eux sont sur la fin, ayant fait le trajet à l’envers). On accepte avec plaisir, la petit collation prévue tournant alors au festin.

 

 

Il est encore tôt, la perspective d’attendre dans le froid au sommet est forte, on flâne donc au soleil pendant une heure trente sans scrupules. Puis on reprend la route, la végétation est encore dense, mais on sent l’approche du sommet tant la pente se raidit. Bien vite on passe de la randonnée à la crapahute, les mains servent de plus en plus. Laura est assurément tout sauf ravie. Même si de mon côté, cela m’a toujours plu depuis l’enfance, pratiquer cela avec un lourd sac à dos, contenant le matériel de camping, la nourriture et une réserve d’eau rend l’activité bien moins plaisante. Quelques cordes fixes sont là pour nous aider de temps en temps, mais leur absence se fait cruellement sentir dans de nombreux passages. Mais il en faut plus pour nous empêcher d’atteindre les sommets, pourtant à notre arrivée sur la crête, les jambes sont déjà lourdes et la journée loin d’être terminée. On enchaîne les hauts et les bas, la crapahute augmentant en intensité, on avance bien lentement. A quinze heures, nous sommes enfin au sommet, mais le temps est maussade, pour la vue on attendra.

 

 

Le temps presse car le ciel pourrait virer à l’orage, on file alors on contrebas, pour planter notre tente. Après une première partie, de Wekas au sommet, bien calme, nous empruntons pour la première fois le sentier de Selo, qui est le sentier le plus fréquenté, l’immense majorité des randonneurs faisant l’ascension aller-retour depuis ce village. La sur-fréquentation a fait son œuvre, le sentier, maintenant de plusieurs mètres de large, est complètement érodé. Plus aucune plante ne pousse et le sol se trouve dépourvu de racines le rendant complètement meuble. Cela entraîne une marche sur un sol sableux, où chaque pas peut entraîner un glissement de terrain, une glissade ou une franche chute de notre part. Fatigués par la montée, ces 300 mètres de dénivelés nous envoient au sol plus d’une dizaine de fois chacun, on finit la ballade sales, poussiéreux, comme sortis de la mine. Et bien sûr pas question de se laver ce soir.

 

 

Arrivés au camp de base le plus proche du sommet, on plante la tente et profitons d’un repos bien mérité après cette longue marche. Finalement il ne pleuvra pas, et nous essayons de profiter des derniers instants de chaleur avant la nuit qui s’annonce bien fraîche, une bien courte éclaircie nous offrant même notre premier aperçu du Merapi. Au menu pour ce repas de midi/goûter tout comme pour le repas du soir et le petit déjeuner du lendemain, tout ce que nous pu trouver à Yogya : pain de mie, pâté de poulet et confitures ! Tout le monde autour de nous possède son réchaud, mais aucun indonésien ne nous proposera une tasse de thé, tant pis !

 

 

La nuit tombe et les températures avec, on file bien vite se mettre à couvert. Notre tente est minuscule, sans sac, je ne tiens pas hormis en diagonale, alors avec mon gros sac de randonnée, la nuit s’annonce bien rude et malgré toutes nos couches, on souffre un peu du froid, nos duvets étant ce qu’ils sont ! Laura dort un peu en milieu de nuit, moi sur la fin, mais nous n’avons pas dû dormir plus de deux heures à nous deux.

 

 

Il faut se lever tôt, essayer tant bien que mal de replier la tente pour profiter du lever de soleil. Nous avons bien choisi notre emplacement, en quelques minutes, nous trouvons un point de vue à la fois sur l’est et la lumière naissante et sur le Merapi. On reste là plus d’une heure, profitant de la belle lumière, assis dans les herbes hautes. Nos tartines de confitures n’en sont que meilleures.

 

 

Sept heures, on décide d’entamer la descente avec comme objectif de revenir tôt à Yogya et profiter de notre hôtel « de luxe ». La descente n’est, dans sa première partie qu’un enchainement de murs sableux plus casses gueules les uns que les autres. Je persiste en position debout, prenant taule sur taule, quand Laura adopte la position assise, moitié surfeur, moitié enfant dans le bac à sable. Mais le sentier est tout sauf agréable et rejaillit sur nos humeurs. Au bout de deux heures, la pente s’adoucit, les chutes se font de plus en plus rares et un peu avant 10 heures, nous atteignons enfin le village de Selo.

 

 

Un autre périple commence, celui de rejoindre Yogya, on prend un pick up tunning (tout de faux cuir blanc et rose, Hello Kittie sur le tableau de bord), pour atteindre une première ville, on enchaîne sur un bus pour atteindre la ville de Surakarta, et changeons encore une fois de bus, direction Yogya cette fois-ci. Le bus est bondé, outre les cinq sièges par rangée, le couloir central est bondé. L’absence de place pour les jambes est horrible. Mon voisin, ado au physique typique du coin (fin, très fin) ayant pris comme acquis de squatter la banquette comme rarement, la position est plus qu’inconfortable et ce trajet me fait quelque peu craquer. Avec l’absence de clim, tout comme de fenêtres, on dégouline d’une sueur poussiéreuse. J’en profite pour m’essuyer sur mon cher voisin, ça lui apprendra les bonnes manières… 60 kilomètres à faire et presque trois heures de route plus tard, on atteint enfin notre destination. Nous n’avons aucune idée du terminal du bus, alors quand nous voyons le bâtiment de renouvellement des visas, on saute sur l’occasion et descendons du bus. Nous sommes loin d’être arrivés, mais au moins on sait où on va, et surtout nous troquons cet horrible bus pour les bus urbains, peu bondés et climatisés. Une heure plus tard après avoir rendu les affaires de camping, achetés gâteaux et jus de mangue, je rejoins Laura dans la chambre, une douche longue et fraîche ne sera pas de trop. Tout comme un repos bien mérité après ces deux nuits houleuses. Demain le réveil est à 05h40 pour prendre cette fois-ci un train !

 

Texte et photos N&B : Alexis B. / photos couleurs : Laura B.

6 thoughts on “L’indonésie et ses volcans

  1. Quand on fait le bilan du chemin parcouru depuis près de 5 mois entre Paris et Yogya on se demande ce qui pourrait bien vous rebuter !
    Votre aventure s’apparente, au fil des jours, plus à un stage commando qu’à une promenade touristique de parisiens en goguette …
    Surprenant phénomène d’escalade où chaque obstacle franchi vous incite à tenter de dépasser vos supposées limites personnelles.
    Vous bénéficiez jusque là de conditions plutôt favorables à la récolte de très jolis trophées. C’est une chance pour vous et … pour nous
    qui suivons votre chaotique cheminement à travers vos objectifs (tantôt gris, tantôt picturaux selon ambiances et effets recherchés) que je trouve de mieux en mieux maîtrisés.
    Je vous souhaite une errance tout aussi fructueuse et enrichissante pour la suite, avec autant de joie et de bonne humeur …

  2. Quelle épopée ( avant – pendant – après ) que cette “escalade -désescalade” éclair du Merbabu.
    Et quel courage, pour éviter la sur fréquentation de certains itinéraires, que d’opter pour le tout droit dans la pente avec 1 300 mètres de D+ … 👍🏼
    A n’en pas douter, vous êtes “mûrs” pour vous inscrire à votre retour à un KV ( kilomètre vertical ) …. nouvelle activité, quelque peu exigeante, pour les fondus du Trail en montagne 😀
    Un petit regret cependant …. ne pas avoir eu une vidéo immortalisant votre descente mi surf – mi glissades sur les fesses. 😜

    1. Pas sûrs qu’on soit assez bien entraînés pour s’attaquer à de la compétition en haute montagne, mais pour de prochaines randonnées dans les Alpes ou ailleurs, c’est certain 🙂 dommage en effet qu’Alexis n’ait pas filmé ma glissade mi-fesses mi-talons !

  3. Chouette cliché “touffes sur mer de nuage” !
    Je conviens que le matelas de sol n’a jamais été mon ami… Même pour une nuit.
    Les refuges font toute la différence, au Népal comme en France 😀

    1. Après l’avoir testé deux nuits d’affilées, je constate que le tapis de sol n’est pas mon ami non plus… impossible de dormir ou presque, et un corps “légèrement” douloureux au petit matin ne donnent pas envie de renouveler l’opération 🙂

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